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Cartographier l’avenir numérique du Canada un nœud à la fois : une entrevue avec Steve Currie, directeur du marketing au CDMN

Kevin Tuer, directeur général de CDMN (droite), Tom Jenkins, président du conseil administratif de CDMN et directeur de la stratégie de Open Text (milieu) et Lain Klugman, premier dirigeant de Communitech (gauche).

Kevin Tuer, directeur général de CDMN (droite), Tom Jenkins, président du conseil administratif de CDMN et directeur de la stratégie de Open Text (milieu) et Lain Klugman, premier dirigeant de Communitech (gauche).

Connexion, collaboration et commercialisation : telle est la mission du Canadian Digital Media Network (CDMN), financé par les Réseaux de centres d’excellence (RCE). Il s’agit en même temps d’une esquisse sommaire de sa stratégie pour faire du Canada un chef de file mondial dans le domaine des médias numériques. Et comme tout bon orienteur, ces activistes des médias numériques tracent leur parcours point par point jusqu’à ce que la destination soit atteinte.

The Hub, Kitchener (Ont.)

The Hub, Kitchener (Ont.)

Le carrefour Communitech est le plus récent « nœud » du CDMN dans le plan visant à étendre l’horizon du pays en matière de médias numériques. Situé en plein cœur de Kitchener, dans une vieille tannerie bâtie en 1849, le carrefour possède les caractéristiques d’un local industriel rénové en raison des murs en briques, des planchers en béton et des poutres et canalisations apparentes.

Le local de 30 000 pieds carrés (presque 2 800 mètres carrés) a été modernisé. Les bureaux à aire ouverte et les salles de conférence équipés d’appareils de médias numériques à la fine pointe de la technologie hébergent un personnel de soutien technique et une myriade de services de conseillers en affaires (notamment des experts-conseils, des comptables, des avocats et des banquiers), tout cela dans le seul but de convaincre les entreprises nouvelles ou établies d’accroître leur activité grâce à une plus grande collaboration dans un environnement caractérisé par le dynamisme, l’ouverture et la créativité. 

Le Secrétariat des RCE a pu interviewer Steve Currie, directeur du marketing du CDMN, juste avant la grande ouverture du carrefour le 7 octobre 2010. Il a révélé le rôle de cette installation dans l’avenir de l’économie des médias numériques au Canada.


RCE : Le carrefour Communitech, c’est quoi exactement, et comment fonctionne‑t‑il?

Currie : Le carrefour Communitech est un des nœuds du Canadian Digital Media Network (CDMN), financé par le Programme des centres d’excellence en commercialisation et en recherche (CECR), qui vise à accélérer la commercialisation des médias numériques. Nous définissions comme média numérique toute information qui est créée ou échangée virtuellement – il ne s’agit pas seulement des médias de divertissement, c’est beaucoup plus vaste que cela. Les logiciels médicaux ou la fabrication dans l’industrie pétrolière et gazière en font aussi partie. Le carrefour est essentiellement un endroit où nous mettons en contact des entreprises en démarrage dans le domaine des médias numériques avec des partenaires industriels comme Research In Motion, Open Text et Christie Digital, qui forment chacun de leur côté une équipe de R et D pour travailler à des projets spéciaux. Le carrefour compte trois composantes principales : des entreprises en démarrage, l’industrie, de même qu’un certain nombre de partenaires universitaires qui ont tous des équipes ici, et enfin les acteurs de soutien pour l’infrastructure, le soutien technique, et les fournisseurs de services professionnels sur place, comme la Banque de Montréal, KPMG, Ernst & Young et Miller Thompson. Il y a donc sur place des banquiers, des juristes, des comptables – et le personnel de Communitech – pour fournir un grand nombre de services aux locataires de l’immeuble.

RCE : Quand vous parlez de services fournis à ces nouvelles entreprises, que voulez‑vous dire?      
 
Currie : Ces services prennent deux formes. Dans un premier temps, nous assurons les services généraux, par exemple en veillant à ce qu’ils aient accès à Internet, à des services de réception et à des salles de réunion, et en nous assurant que les téléphones fonctionnent. Dans un deuxième temps, nous fournissons des services d’encadrement et d’orientation à titre consultatif. Nous avons ce que nous appelons des « cadres supérieurs en résidence », c’est-à-dire d’anciens dirigeants d’entreprises qui sont ici pour servir de mentors à des entreprises en démarrage et les guider à travers certaines des difficultés qu’elles peuvent rencontrer au départ. Nous avons aussi d’autres personnes, comme des spécialistes des RH, des directeurs commerciaux et des spécialistes du marketing, dont le rôle est d’encadrer les nouvelles entreprises et les conseiller.

RCE : Pensez‑vous que le carrefour répond à un marché existant, ou qu’il crée un nouveau marché auquel fournir ces services?

Currie : Il répond certainement à un besoin du marché, et ce que nous constatons, d’après l’activité actuelle, c’est qu’il se produit un effet d’entraînement sur le marché. Je pense que ce que nous voyons, c’est qu’il existe un besoin sous‑jacent de services du genre sur le marché, et compte tenu du succès de cette approche, des besoins émergent au fur et à mesure. Nous découvrons aussi que notre rayonnement s’étend; des entreprises de l’extérieur de notre région demandent si elles peuvent s’établir ici et profiter de nos services et installations. Il n’y a que très peu d’endroits au Canada qui offrent ce genre d’environnement, ce qui rend le carrefour jusqu’à un certain point unique. Au bout du compte, nous essayons d’accélérer la capacité de commercialiser les possibilités pour les médias numériques. Nous mettons donc en place les différents éléments qui, nous l’espérons, permettront aux nouvelles idées de percer plus rapidement sur le marché, et aux entreprises de non seulement démarrer elles‑mêmes, mais aussi de créer des emplois et de la richesse pour le pays.  

RCE : Quels sont les avantages ou les motivations pour les plus grandes sociétés d’investir ou de travailler dans un espace comme le carrefour?

Currie : Les grandes sociétés sont présentes pour un certain nombre de raisons. Il y a le fait qu’elles manquent parfois d’espace, et nous leur en procurons. Elles sont surtout attirées ici, cependant, par la possibilité d’installer des équipes dans un environnement différent – enfin, nous sommes encore en train de nous définir et nous verrons bien comment cela évoluera, mais ce sera un environnement où priment vraiment la créativité et la collaboration. Un certain nombre de nos partenaires industriels aimeraient installer ici leurs petites équipes de R et D, pour qu’elles travaillent à des projets spéciaux de concert avec les autres partenaires industriels ou les entreprises en démarrage. L’idée est d’avoir tout le monde sous un même toit pour que ce soit beaucoup plus facile de collaborer qu’en étant chacun de son côté, chacun dans ses propres bureaux. Pour vous donner une idée de la façon dont nous sommes installés, dans l’aile où se trouvent les partenaires industriels, c’est très ouvert, il n’y a pour ainsi dire aucun mur. Nous avons placé tous nos partenaires industriels côte à côte pour qu’ils puissent se voir, se parler et interagir beaucoup plus facilement. Et toutes les entreprises en démarrage ont directement accès aux personnes de ces sociétés également. Cela facilite encore un peu plus la collaboration, mais stimule aussi l’innovation. Je pense que les grandes sociétés industrielles recherchent cet avantage aussi, et essaient de profiter de l’innovation qui se réalise ici dans certaines des installations.

RCE : C’est vraiment intéressant. Habituellement, les entreprises sont en concurrence, innovant chacune de leur côté, et elles hésitent à échanger entre elles. Est‑ce que le carrefour marque une nouvelle étape dans la collaboration industrielle?

Currie : Revenons en arrière un instant. Nous faisons très attention pour ne pas placer ensemble deux types d’organisations rivales. Il y a donc des possibilités de collaboration, car ces organisations ne sont pas en concurrence directe. La semaine dernière, j’écoutais justement à ce propos Terry Matthews, fondateur de Mitel, et Tom Jenkins, président d’Open Text. Selon eux, il est plus important pour les entreprises canadiennes – si elles veulent être compétitives sur la scène mondiale – de collaborer et de travailler ensemble pour trouver une solution qui sera attrayante pour les clients internationaux. Que nous soyons d’accord ou non, nous n’avons tout simplement pas au Canada la taille d’entreprises dont nous avons besoin pour être compétitifs au niveau mondial. Donc, en collaborant et en travaillant ensemble, nous avons une meilleure chance de réussir lorsque nous soumissionnons pour des projets en Inde, en Chine ou ailleurs dans le monde.

RCE : Pouvez‑vous expliquer l’environnement virtuel 3D au carrefour créé par Christie Digital, et comment il sera utilisé?

Currie : Essentiellement, il s’agit d’un outil ou d’un logiciel de réalité virtuelle qui sert à projeter un environnement de réalité virtuelle sur des écrans ainsi qu’au plancher. Les gens peuvent porter des lunettes 3D pour rehausser l’expérience dans cet environnement. Ce n’est pas tout à fait opérationnel encore, mais l’intérêt manifesté du point de vue de la recherche est considérable, et aussi pour certaines applications qui seraient utiles. Cet environnement d’immersion servira entre autres à la formation dans un environnement virtuel. Un exemple serait la formation d’un mécanicien ou d’un technicien d’hélicoptère. C’est un environnement des plus complexes, où les pièces sont nombreuses, et souvent ce n’est pas facile d’avoir accès au véritable modèle d’hélicoptère sur lequel on veut être formé. Dans cet environnement, il est possible de recréer le poste de pilotage ou le moteur, ou quoi que ce soit d’autre sur lequel on veut travailler, et de reproduire aussi fidèlement que possible l’environnement physique dans un milieu de formation virtuel. Une des autres applications, par exemple, serait dans l’industrie pétrolière et gazière, pour mieux comprendre un milieu éloigné. Supposons que vous travaillez sur un pipeline en Sibérie ou peut‑être dans l’Arctique et que vous ne pouvez pas être physiquement sur place, vous pouvez recréer l’environnement de manière virtuelle et interagir avec les différents éléments dans cet environnement et êtes capable de comprendre – dans un espace physique – comment les pièces s’agencent et quelles sont certaines des contraintes dont vous devez tenir compte dans ce genre de milieu. Nous voyons différentes sortes de possibilités. À l’heure actuelle, l’industrie automobile a exprimé beaucoup d’intérêt. Le domaine de la psychothérapie même est intéressé; pour les gens qui ont peur des hauteurs ou de différents environnements, par exemple. Ce genre de technologie est utilisé par certains collèges pour aider les patients à surmonter leurs peurs. Les applications sont très variées, et c’est très grand comme environnement de réalité virtuelle. Je crois qu’il existe seulement deux installations semblables dans le monde.

RCE : Sur un plan plus général, quelles sont les questions urgentes auxquelles il faut s’attaquer au Canada pour l’essor de notre économie numérique?

Currie : L’accès au capital et l’accès au talent, voilà certainement ce que nos clients –autant nos partenaires industriels que les autres – nous disent être les deux principaux obstacles auxquels ils font face au stade préliminaire. Par talent, nous voulons parler des personnes possédant les compétences requises pour les emplois qui sont disponibles. L’autre question qui devient problématique est l’écart de plus en plus marqué dans la productivité entre le Canada et ses concurrents internationaux, par exemple les États‑Unis. Nous voyons certes que l’innovation, la commercialisation et la productivité sont liées. Plus nous pouvons agir pour stimuler l’innovation et la faire déboucher sur des produits et services concurrentiels sur le marché mondial, plus nous aurons de chance du côté de la productivité. Nos chances de réduire l’écart sur le plan de la productivité dépendent directement du succès avec lequel nous pouvons commercialiser une partie de l’innovation que nous avons au pays.

RCE : Lorsque le ministre de l’Industrie, Tony Clement, a demandé un exposé des faits sur l’avenir de l’économie numérique du Canada à la conférence Canada 3.0 cette année, quelle a été la position exposée par le CDMN, et comment celui­‑ci se voit‑il contribuer à l’avenir des médias numériques au Canada?

Currie : Le CDMN a présenté son point de vue sur cette question. Cela nous ramène encore à l’idée de mettre les bons éléments ensemble pour assurer le plus grand succès possible dans la création d’entreprises dans le secteur de l’économie numérique, tout en aidant les entreprises existantes à croître et à explorer un plus grand nombre de possibilités commerciales ou de possibilités de développement dans leur créneau. C’est vraiment comme cela que nous pensons que les choses devraient évoluer. Nous travaillons avec les partenaires industriels plus solidement implantés pour déterminer les possibilités à cet égard, examiner comment ils peuvent collaborer et tirer parti de l’innovation des entreprises plus jeunes, en démarrage, et finalement être l’accélérateur recherché de la commercialisation. À la lumière de ce que nous avons vu et entendu, et certainement de ce qui s’est dégagé à l’unanimité de Canada 3.0, le rôle du CDMN est vraiment de mettre en liaison, de collaborer et de commercialiser. Nous essayons d’éliminer les cloisonnements partout au pays. Nous essayons de mettre en contact les organisations, les entreprises, les pouvoirs publics, le milieu universitaire et l’industrie pour qu’ils déterminent ensemble les possibilités de croissance et de collaboration, et nous disent ce que nous pouvons faire pour aider à accélérer le processus du point de vue de la commercialisation. 

RCE : Comment le Canada peut-il devenir un chef de file dans le domaine des médias numériques?

Steve Currie : Le Canada a une riche tradition en matière d’innovation, mais nous accusons surtout un retard quand vient le temps de commercialiser les résultats de la recherche et développement à l’échelle internationale. En favorisant la collaboration dans l’ensemble du pays, en éliminant les cloisonnements, en établissant des partenariats pour avoir le plus d’influence possible sur les marchés mondiaux et en faisant en sorte que les entreprises en démarrage ont accès au capital et aux gens de talents au bon moment, le Canada sera en mesure de devenir un chef de file mondial. Toutefois, comme la concurrence internationale est intense, l’urgence d’atteindre cet objectif se fait sentir.

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